La
parabole du bon vaudois et du petit commis étranger.
(ou
du protestant et de l’étranger)
Matthieu 19 - 16 à 26
Et voici, un homme s'approcha, et dit à Jésus: Maître, que dois-je faire de bon
pour avoir la vie éternelle?
Il lui répondit: Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est le
bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.
Lesquels? lui dit-il. Et Jésus répondit: Tu ne tueras point; tu ne commettras
point d'adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage;
Honore ton père et ta mère; et: tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Le jeune homme lui dit: J'ai observé toutes ces choses; que me manque-t-il
encore?
Jésus lui dit: Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le
aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi.
Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s'en alla tout triste; car il
avait de grands biens.
Jésus dit à ses disciples: Je vous le dis en vérité, un riche entrera
difficilement dans le royaume des cieux.
Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou
d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu.
Les disciples, ayant entendu cela, furent très étonnés, et dirent: Qui peut donc
être sauvé?
Jésus les regarda, et leur dit: Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout
est possible.
Luc 18:10 à 14
Deux hommes montèrent au temple pour prier; l'un était pharisien, et l'autre
publicain.
Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même: O Dieu, je te rends grâces de ce
que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes,
adultères, ou même comme ce publicain; Je jeûne deux fois la semaine, je donne
la dîme de tous mes revenus.
Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel;
mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui
suis un pécheur.
Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre.
Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé.
Vous
connaissez tous la parabole du pharisien et du publicain. En Israël, le
pharisien représentait le type même de l'orthodoxie, de la rigueur religieuse.
Il faisait partie de la bonne société ou, comme on le dit parfois chez nous du
haut du panier; l'autre, le publicain était considéré par les Juifs orthodoxes
comme quelqu'un de peu fréquentable, maintenu en marge de la société.
Donc, le premier, le pharisien prie, plein de ses certitudes de bien faire, sur que par ses prières, par la dîme qu’il pratique régulièrement, par ses dévotions, il s’est en quelque sorte racheté tout seul, alors que le second, le publicain, tout plein de ses doutes, de son humilité et de son manque d’obéissance n’ose même pas lever les yeux en direction de son Dieu et qu’il implore son pardon.
C’est cette situation paradoxale qui m’a poussé à reprendre cette histoire et à la réactualiser aujourd’hui.
Sur la fiche personnelle que possède nos communes figurent en bonne place dans la rubrique religion le mot protestant. C’est vrai, le vaudois a été baptisé, a suivi l’école du dimanche, le catéchisme et, bien sur, a participé avec les enfants de son âge à la confirmation de son baptême, moment fort agréable d’ailleurs, si ce n’est par la grande conviction des participants, en tous cas pour les cadeaux reçu ce jour là…
Il va à l’église, parfois pour rendre hommage aux personnes connues dans les enterrements, il y est allé, lors du culte de fin de catéchisme de ses enfants et occasionnellement pour le mariage d’un filleul ou d’un membre de sa famille. Le reste de l’année, il n’y met pas trop les pieds laissant cette responsabilité à quelques femmes vertueuses et à encore moins d’homme perdu au milieu.
C’est vrai qu’il ne faut pas pousser tout de même. On risquerait de l’appeler chrétien et il préfère laisser cette appellation à ceux de l’assemblée évangélique.
En bon vaudois, il est suis donc protestant mais avec modération !…
Cette situation me fait penser au dessin animé d’Astérix le gaulois ou avant chaque bataille, le sorcier du village appelé druide distribue aux hommes une cuillère de potion magique qui donne à celui qui la boit, une force surhumaine pendant une courte période. A vraiment tous les guerriers ? Sauf à Obélix : lui n’en a pas besoin car il est tombé dans le chaudron contenant la potion magique lorsqu’il était tout petit. Si bien que chez lui l’effet est permanent : Il n’a donc plus besoin d’en boire pour acquérir une force herculéenne. Quelle économie de temps, quelle merveilleuse chose de pouvoir partir au combat sans préparation, sur de sa propre force, sans avoir besoin de compter sur personne d’autre !….
Le vaudois ou le protestant d’aujourd’hui me fait penser à Obélix. Il a été baptisé, catéchisé et il se suffit…
Etre baptisé, avoir effectué son catéchisme et sa confirmation constitue pour beaucoup la certitude qu’ils sont chrétiens, une fois pour toute, alors que vivre sa foi en Dieu est quelque chose qui nous appelle à nous remettre en question et en chemin chaque jour.
Beaucoup trop de gens disent aujourd’hui : je crois en Dieu mais je ne suis pas pratiquant. Hors il me semble impossible de vraiment croire en Dieu et de tenir un tel langage. Vivre en chrétien, c’est s’intéresser à son prochain, participer à la communauté, échanger ses idées, s’enrichir mutuellement.
Prenons par exemple les deux premiers commandements de la prière enseignée par le Christ :
- Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ta pensée et de toute ton âme.
- Tu aimeras ton prochain comme toi même….
Aimer le Seigneur de tout son cœur : qui peut y arriver. Tout seul, personne. En église ou en groupe, ce n’est pas beaucoup plus facile, mais on peut au moins s’entre aider et se soutenir mutuellement dans la rencontre comme dans la prière.
Aimer son prochain comme soi même est encore plus difficile. Si je veux mettre en pratique ce commandement, pourquoi est ce que je vis si agréablement alors que d’autres n’ont ni travail, ni maison, et doivent parfois quitter leur pays déchiré par la guerre, la famine et l’exclusion. Je suis chaque jour interpellé par tous ces petits enfants d’Afrique, orphelins de parents morts du sida parce que là-bas la vie et les médicaments n’ont pas le même prix qu’en Europe ou ici, on peut consacrer des millions pour des trithérapies…
Interpellés aussi par le nombre d’enfants mal nourris ou mourants de faim, esclaves du travail, alors qu’ici nos poubelles regorgent du surplus de notre avidité de consommateur, interpellés encore par une civilisation soit disant évoluée, qui fabrique et vend des armes permettant aux plus pauvres de s’entretuer et aux plus riches de maintenir leur train de vie, interpellé enfin par un continent européen qui se barricade afin d’éviter de devoir partager ou de voir son train de vie diminuer ….
Hors, être chrétien, c’est justement accepter de lâcher prise sur ce qui est à soi. Et moi le premier suis-je prêt à faire ce pas. En réfléchissant bien, je suis exactement comme le jeune homme riche, complètement paralysé à l’idée de perdre mes acquis.
C’est donc à partir de ce moment que la parabole retraçant l’histoire d’un pharisien, devient parfaitement d’actualité, que des paroles adressées à un juif du 1er siècle, semble me sauter à la figure moi, homme du 21ème siècle…..
Eh oui, ne sommes nous pas tous des frères de ce pharisien ? Nous sommes tellement content de nous, de notre coin de pays, de nos institutions, de la Chaîne du bonheur et de toutes nos autres associations qui récoltent des fonds pour les démunis… en nous donnant ainsi l’illusion que nous avons accomplis notre part, content encore de notre dévouements et nos engagements pour nos sociétés locales et notre vie villageoise que nous en devenons vraiment les pharisiens de notre époque.
C’est donc le moment de nous laisser interpellé par le petit commis, ce publicain, ce proscrit religieux qui baisse humblement la tête devant son Dieu.
Surtout lorsque l’on se rappelle d’une phrase de Jésus dite justement à l’occasion de sa rencontre avec le jeune homme riche: Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu.
Alors que faire, que dire devant tellement d’autosatisfaction, mais aussi de nos lâchetés face à notre confort ou à notre argent ?
A mon avis nous ne pouvons que reprendre la conclusion de la rencontre avec le jeune homme riche : au terme de celle-ci, les disciples, très étonnés, demandent à Jésus : Qui peut donc être sauvé ?
Ce dernier les regarda, et leur dit: Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible.
Oui Seigneur, aujourd’hui nous nous sommes réunis parce que nous savons que partout ou plusieurs personnes prient ensemble, le Christ est au milieu pour intercéder pour eux.
Tu connais nos bonnes intentions comme tu vois aussi notre manque de constance qui nous voit sans cesse nous détourner de toi, imitant en cela le jeune homme riche !
Fortifie-nous, rends-nous suffisamment fort pour accepter de partager nos richesses. Brise en nous toutes les duretés et les autosatisfactions qui font que nous ne sommes pas meilleurs aujourd’hui que le pharisien de l’histoire.....
Mais surtout, rappelle nous sans cesse qu’il n’existe pas d’autre voie que le salut par grâce et que toi seul peux ouvrir tout grand le trou de l’aiguille afin de nous permettre de te rejoindre.
Amen