Remonter

Yves a 20 ans.

 Luc 17 : 5 à 6

Les apôtres dirent au Seigneur : Augmente notre foi.
6  Si vraiment vous aviez la foi, leur répondit le Seigneur, même aussi petite qu’une graine de moutarde, vous pourriez commander à ce mûrier là : « Arrache tes racines du sol et va te planter dans la mer » et il vous obéirait.

 Marc 14 : 32 à 36

Ils arrivèrent en un lieu appelé Gethsémané. Jésus dit à ses disciples :  –– Asseyez vous ici pendant que je vais prier.
33  Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il commença à être envahi par la crainte, et l’angoisse le saisit.
34  Il leur dit : –– Je suis accablé de tristesse, à en mourir. Restez ici et veillez !
35  Il fit quelques pas, se laissa tomber à terre et pria Dieu que cette heure s’éloigne de lui, si c’était possible :
36  Abba, Père, pour toi, tout est possible. Eloigne de moi cette coupe ; cependant, qu’il arrive non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux.

 Matthieu 17 : 14-21

14  Quand ils arrivèrent là où était la foule, un homme s’approcha de Jésus, se mit à genoux devant lui
15  et dit : Maître, aie pitié de mon fils. Il est épileptique et il a de telles crises que, souvent, il tombe dans le feu ou dans l’eau.
16  Je l’ai amené à tes disciples, mais ils n’ont pas pu le guérir.
17  Jésus s’écria : Gens mauvais et sans foi que vous êtes ! Combien de temps encore devrai je rester avec vous ? Combien de temps encore devrai-je vous supporter ? Amenez-moi l’enfant ici.
18  Jésus menaça l’esprit mauvais ; celui–ci sortit de l’enfant qui fut guéri à ce moment même.
19  Les disciples s’approchèrent alors de Jésus en particulier et lui demandèrent : Pourquoi n’avons nous pas pu chasser cet esprit ?
20  Jésus leur répondit : Parce que vous avez trop peu de foi. Je vous le déclare, c’est la vérité : si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous diriez à cette colline : Déplace toi d’ici à là–bas, et elle se déplacerait. Rien ne vous serait impossible.

21  Mais c’est par la prière et le jeûne seulement qu’on peut faire sortir ce genre d’esprit.

 

Aujourd’hui même, Yves fête ses 20 ans. 20 ans, c’est pour la plupart des jeunes une période passionnante, l’école est finie, l’apprentissage ou les études sont en bonne voie et toute la vie s’ouvre afin de leurs  permettre de devenir des adultes libres de choisir leurs orientations personnelles futures…  C’est l’époque aussi où l’adolescent grandit et commence peu à peu  à s’affranchir financièrement et sentimentalement de sa famille. Il commence à percevoir qu’il pourra, lui aussi, penser à construire, travailler à suivre sa propre voie. Tous les rêves sont permis, l’avenir leurs appartient. Bref, pourvu qu’ils soient beaux, équilibrés et dans la norme, le futur leurs est largement ouvert, sans limite et sans entrave.

 Yves a 20 ans. Il est bien dans sa peau. Mais voilà, il est épileptique et malvoyant. Ses parents se sont posé des questions : pourquoi, qu’avons-nous fait ou que n’avons-nous pas fait pour que cela nous arrive ?

Puis, il y a encore les doutes : Dieu existe-t-il vraiment ? Et si oui,  pourquoi, ce Dieu d’amour permet’ Il de telles différences. Non seulement en termes de santé ou de maladie mais aussi en termes de critères de beauté, de richesse, d’intelligence et toutes les choses qui font que les uns et les autres sommes tellement différents !... 

Ou encore pourquoi suis-je né dans cette partie du monde privilégiée non seulement en raison des soins médicaux, de la disponibilité alimentaire ou encore épargné par les guerres ou les tensions ethniques ou sociales qui menacent tellement d’autres peuples ?

A ce stade, il me semble important de séparer les choses. Il y a des situations qui semblent impossible à modifier sur lesquelles je reviendrais et il y a aussi les situations pour lesquelles nous sommes appelé à réagir : que ce soit grâce à un meilleur partage de nos richesses, à l’accueil des défavorisés, au regard aussi que je porte sur mon vis-à-vis d’autant plus quand celui-ci est différent.

Et je pense que nous serons fermement interrogé sur la manière donc nous aurons géré sur terre, les richesses reçues !... Chacun, les uns et les autres, auront à rendre compte de la façon que nous aurons partagé, non seulement notre surplus, mais sur l’ensemble des parts reçues en héritage… De même nous risquons d’être regardés de la même façon que nous aurons dévisagés et accueillis toutes les personnes placées sur notre chemin de vie !...

Voila pour la première partie d’une situation reçue…

Pour le deuxième partie, on peut d’abord constater que nos prières, restées parfois sans beaucoup de réponse ne font que conforter la pauvreté de notre foi !...

A ce stade de ma réflexion, je peux prendre acte que ma confiance en Dieu est décidément largement déficiente, totalement insuffisante. Il ne me reste plus qu’à accepter de gérer au mieux une situation dans laquelle, la venue d’un fils avec un handicap nous a placée. Jésus n’étant plus sur terre pour compenser notre manque de foi et pour effectuer des guérisons, je vais donc rester dans l’idée que mon incrédulité, que ma foi, bien inférieure à une graine de moutarde, limitera toujours l’espoir d’une guérison…

Limité par mon manque de foi, vais-je donc rester définitivement un sous-chrétien, empêché par son manque de foi, à accéder pleinement à la lumière du Dieu sauveur et, au-delà de cela, d’obtenir la guérison de mon enfant…

Première erreur… J’ai oublié une des leçons que je rappelle régulièrement à mes catéchumènes. Même le Christ priant à Gethsémané, afin que le calvaire de la croix Lui soit épargné a rajouté : mais que ta volonté soit faite et non la mienne.

Deuxième erreur : contrairement au texte de Matthieu, l’évangile de Marc comprend deux versets très importants que je lis à présent :

Marc 9/ 22  Le père de l’enfant épileptique dit à Jésus : si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous.

Jésus lui dit: Si tu peux!… Tout est possible à celui qui croit.

24  Aussitôt le père de l’enfant s’écria: Je crois! viens au secours de mon incrédulité!

Notre deuxième erreur est donc de ne pas demander auparavant à Dieu de renforcer notre foi, puisque c’est une des clés de la réussite : tout est possible à celui qui croit.

Tout est possible, tout en laissant sa liberté  à Dieu : nous ne pouvons pas le prendre en otage dans nos demandes mais nous pouvons Lui faire confiance, car Lui sait très bien ce donc nous avons besoin…

D’autant plus que c’est souvent sur les chemins caillouteux que nous nous posons les bonnes questions qui nous permettent d’avancer dans notre foi. Résumé : quand tout est trop facile, quand la vie est lisse et tranquille nous oublions souvent  nos bonnes résolutions et notre fidélité se relâche…

Yves et tous les gens différents que nous allons rencontrer sur notre route,  les épreuves, les moments de doute sont placés là pour nous interroger, pour nous permettre de nous remettre en question, pour enfin nous permettre de sortir le meilleur de chacun d’entre nous.

Seigneur, je n’ai pas toujours compris que les évènements ou les choses arrivent dans nos vies afin de remettre les choses à leurs justes places. Elles me permettront, si je les accepte, de redynamiser et de vivifier ma foi.

Mon Père et mon Dieu, apprends-moi à remettre toutes choses entre Tes mains, fortifie ma confiance  et je veux me souvenir des six points suivants, chaque fois que je m’apprête à formuler une demande ou une prière: 

  1. Je crois Seigneur, mais Toi, viens au secours de mon incrédulité…
  2. Que ta volonté soit faite et non la mienne.
  3. Augmente ma foi afin que je sache voir dans les évènements de ma vie, des réponses que tu as préparées pour moi.
  4. Limite mon impatience qui voudrait recevoir tout et tout de suite.
  5. Rappelles-moi toujours que la ou je vois une porte se fermer, Tu seras la pour ouvrir une fenêtre.
  6. Enfin rappelles-moi toujours qu’à l’image du Christ, je dois demander sans me décourager : la prière est le carburant du chrétien, c’est elle qui nous permettra toujours mieux de vivre en harmonie avec notre propre vie et avec Toi.

Fort de ces préceptes, nous allons continuer à prier pour que les crises d’Yves diminuent et si possible s’arrêtent. Mais j’aimerais surtout louer Dieu pour le cadeau de ce fils, placé là comme une sentinelle dans notre vie.

Merci Seigneur de veiller à ce que les uns et les autres nous soyons attentifs aux personnes différentes placées sur le parcours de nos vies afin de nous interroger sur les vraies questions et les vraies valeurs.

Que nous ne nous contentions pas de construire de belles maisons pour y placer les gens différents mais aides-nous à nous laissez interroger chaque fois que nous rencontrerons une personne handicapée, un étranger, un atypique ou encore un asocial.

Toutes ces personnes différentes sont placées là, sur nos chemins, comme des sentinelles : plutôt qu’un repli avec détournement de tête, qu’elles permettent à chacun d’entre nous de sortir le meilleur parce que nous aurons su alors, poser sur chacune de ces personnes un regard d’amour, le même regard qu’a pour chacun d’entre nous notre Père céleste…   

Yves, bonne fête mon fils. Merci pour ton travail de sentinelle…           Amen